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Le Chant des bois brûlés

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Le Chant des bois brûlés

J’ai peint, dessiné et gravé des ronces dès mon arrivée à Bruxelles, à la faveur des hivers neigeux qui ne laissaient subsister que cette plante « parasitaire » en hiver. D'abord les « masses », puis les contours, la pointe sèche influant sur mon trait.

« Sortir des ronces » s’imposa quand, après plusieurs années de gravure, de pastel, où je simplifiais de plus en plus mon trait, à mesure que je me rapprochais du sujet, je me sentis arrivé au bout d’un processus, indirectement lié au livre que j’écrivais, Les Disparus de Gatti de Gamond*.

Puisqu’il s’agissait de « sauver des noms » (les feuilles, à la longue, avaient pris « figure humaine »), j’ai simplement gravé ceux-ci sur de grandes plaques de cuivre rectangulaires, les uns à la suite des autres, et sans chercher en aucune façon à « modeler » ou esthétiser mon trait, juste inscrire ces noms ou prénoms désormais porteurs d’histoire. Pour mémoire. Quand l’atelier où j’imprimais ferma ses portes, mon enquête sur les « disparus » ne me laissant plus le temps de graver et surtout d’entreprendre ce long et minutieux travail d’impression, je me suis restreint au pastel. Toiles ou dessins, que je réalisai comme dans les temps morts, les marges du livre.

J’ai souvenir d’avoir voulu un temps dessiner l’arrondi de l’entrée de la caserne Dossin de Malines, où l’on rassemblait les Juifs avant de les déporter. Porche d’emblée amputé de son fronton, puis perdant son arche pour se réduire à ses piliers, qui se muèrent en troncs, comme si voulant « échapper » moi-même à Dossin, je souhaitais revenir à la « nature »...

Si, en tant qu’ « arbres », ils étaient animés au départ d’une certaine torsion, ces troncs « brûlés », noircis, dont je soignais la base, ou le « chapiteau », puisqu’ils étaient dépourvus de branches, se pétrifièrent à nouveau, quand j’en réduisis le format, se transformant d’eux-mêmes en colonnes, entre lesquelles, tel un texte à déchiffrer, une frise apparut, faite de motifs rappelant ces ondes ou ruissellements imprimés dans le sable mouillé d’une plage après la marée. Pigments de pastel que le lavis déplace dans son flux et fixe en séchant, fissurant en même temps ces monolithes noirâtres enfermant la vie, la maintenant pressée, ou la préservant, telle une ruine, une reliure de suie laissant toujours filtrer son chant étoilé.

 

Paru en 2022, Maison CFC-éditions, Bruxelles.

Frédéric Dambreville, novembre 2024

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